Hélicoptère Business Loisirs - Juin 2006
Dimanche, décembre 21st, 2008
Le numéro d’été de la revue HELICOPTERE Business Loisirs publie un article-portrait de Michel ANGLADE. La rédaction nous a aimablement autorisé à le reproduire ci-dessous, et nous l’en remercions vivement.
25 000 h de vol hélicoptère, 6 000 h d’avion, 1000 h en ULM, parachute, aile delta : le carnet de vol de M. Anglade en fait pâlir plus d’un. Malgré cela, ce grand monsieur du ciel reste modeste, lorsqu’il évoque son parcours et ses différentes aventures, émerveillant celui qui écoute ces histoires. De Paris en passant par l’Afrique et les pays de l’Est Michel Anglade a vu tous les continents du ciel et a rencontré des personnages hors normes, une odyssée qui commence dès son plus jeune âge.
Le monde de Michel Anglade appartient au ciel. Pourtant ce petit fils de viticulteur cathare n’était pas prédestiné à une telle carrière. Ces racines le forgeront néanmoins au monde de l’aéronautique parfois hostile.
Dès l’âge de 14 ans il côtoie l’aviation. Alors simple balayeur il fait la rencontre de Passadori. Voyant l’intérêt du jeune garçon, il lui promet 1 h de vol contre ses coups de balai dans le hangar, Opiniâtre, et fort à la tâche, il ne tardera pas à effleurer du doigt le ciel. De fait, à 16 ans il devient pilote d’avion, un an après il s’envole en hélicoptère : c’est à ce moment qu’arrivent les premières rencontres déterminantes dans sa vie de pilote et qui le mèneront à travers le monde.
Après quelques années passées comme chef de patrouille à l’Alat sur des hélicoptères anti-chars, il décide de monter à Paris, Là, il fait connaissance avec des pilotes basés à Lognes. Leur entente les pousse à participer au Championnat du Monde à Moscou. L’équipe française finit 4ème et le nom de Michel Anglade commence à marquer les esprits de l’aéronautique.
A tel point qU’une rencontre inopinée dans un café poussera Thierry Sabine, l’organisateur du Paris-Dakar à lui demander de travailler avec lui sur la course. Alors chef-pilote d’Héli-France, il lâche ses bureaux parisiens pour partir en Alouette à l’assaut du désert, Une aventure qui durera 15 ans lors de laquelle il vivra des moments émouvants et parfois éprouvants.
Notamment quand en 1986, il apprend la mort de son ami Thierry Sabine alors qu’il est lui-même cloué sur son lit d’hôpital après un crash en hélicoptère en Mauritanie, Cet événement le touchera profondément notamment à cause des spéculations sur les conditions de vol de l’hélicoptère dans lequel se trouvaient Thierry Sabine et Daniel Balavoine.
Si le désert lui arrache les larmes, il lui offre aussi des grands instants d’émotion : “une de mes plus belles histoires”, se rappele-t-il “s’est déroulée lors de la 5ème édition du Paris-Dakar”, A cette époque les pilotes automobiles, les motards n’avaient pas de GPS, Cette année là, à la fin d’une étape, une quinzaine de personnes manquaient à l’appel. Sans attendre, M. Anglade, accompagné d’un médecin, partirent à leur recherche, une recherche parfois un peu aléatoire car il avait l’impression de chercher une aiguille dans une botte de foin et d’être plus perdu que les égarés. Ce n’est qu’au bout de 8 jours, qu’il finit par les retrouver tous en train de mourir de soif : “le fait de pouvoir leur donner un verre d’eau et les ramener en vie, quel grand moment d’émotion !”, confesse-t-il.
Resté discret sur son parcours et ses qualités de pilote et peu enclin au long discours, un sujet, néanmoins, le touche profondément : il s’agit de l’Afrique, un continent qu’il aime faire connaître dans l’intimité. Touché par ses différentes expériences du Paris-Dakar, Michel continue à sillonner le ciel africain, de Niamey à Bamako en passant par Dakar, Tombouctou, Konakry, Lomé, l’aéronef d’Anglade marque les esprits africains. A travers ses différents voyages durant lesquels il fait découvrir l’Afrique aux non-initiés, il a lancé en parallèle un véritable élan humanitaire, Son objectif : traiter les problèmes en direct en aidant la population à construire des orphelinats, des hospices ou des puits suivant les nécessités. Si l’hélicoptère est un moyen de sauver des vies il est également un vecteur de rencontre pour le pilote.
Les plus grands noms l’ont côtoyés
Outre, le Paris-Dakar, l’aéronef à voilure tournante l’a emmené vers l’univers des stars, Il a ainsi participé à des tournages de films réalisés par Claude Lelouch. Sa machine munie d’un bras articulé servait aux prises de vue du film. En compagnie de Rémy Julienne, Michel Anglade a réalisé de nombreuses cascades aériennes.
Mené par le plaisir de connaître les limites de sa machine il a souvent frôlé la mort. En 1994, l’hélice du para moteur qu’il pilote se dévisse, il fait une chute de 30 m. Un incident qui aurait pu lui être fatal. Mais cela ne l’empêche pas de reprendre le chemin des airs. Après un crash au dessus d’un étang en 97, la noyade a failli avoir sa peau. En 2000, c’est la forêt qui aurait pu avoir raison de lui : Après 2 mois de surveillance de ligne EDF, lors d’un cheminement au dessus de la forêt de Chantilly, sa machine se crashe dans les arbres. La raison ? Le mécanicien avait mal monté le tube du PTG qui régule la turbine, celle-ci finit par se mettre au ralenti…
Le bon, la brute et le truand
Même si ces accidents l’ont marqué, la vie continue… Pourtant s’il est un passionné les différentes épreuves qu’il a traversé lui font parfois tenir un discours sévère à l’encontre du monde de l’hélicoptère : ” J’ai l’impression de vivre dans le monde du Bon, la brute et le truand “. Un constat mûri au fil des années durant lesquelles il a fréquenté de trop nombreux flambeurs, selon ses dires. Pour lui le vrai monde de l’hélicoptère commence dans les héli-clubs et les aéro-clubs. Ce sont dans ces endroits où il y a le vrai creuset d’aviateurs passionnés. Et quand il fait appel à ses souvenirs, il se rappelle qu’il y a une quinzaine d’années, tous les grands seigneurs de l’aviation étaient dans les héli-clubs. “Ces gens étaient humbles, discrets: il s’agissait de vrais passionnés “, précise-t-il.
Et ce qu’il retient avant tout c’est une phrase de Saint-Exupéry inscrite sur la Place d’Armes de l’école de Dax: ” Il te faudra admettre que seul vaut ce qui a coûté du temps aux Hommes”.
© AP - HELICOPTERE BUSINESS LOISIRS Juillet-Août 2006


